Nous avons tous une campagne qui nous a profondément marqué. Ce peut être par son humour, son message, la nostalgie qu’elle évoque ou son visuel saisissant.
Quelle que soit la publicité qui vous vient à l’esprit, elle témoigne de la manière dont la pub peut toucher le cœur et l’esprit des individus.
Mais qu’est-ce qui la rend vraiment inoubliable ?
J’ai posé la question à 8 experts du domaine. Celles et ceux qui la pensent, la créent et en parlent.
Cette fois, ce n’est pas moi qui écris, mais eux 🙂 Bonne lecture !
1. Cécile Pimont
Creative Director chez BBH Singapore
Quelle est la publicité qui t’a le plus marqué (toutes décennies / supports confondus) ? Que ce soit en termes de performance, de créativité, d’audace ou autre.
Harvey Nichols Christmas – Sorry, I Spent It On Myself
Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
L’idée de départ est brillante.
Plutôt que de jouer sur la générosité typique de Noël, Harvey Nichols célèbre l’individualisme avec humour.
Le message « Sorry, I Spent It On Myself » brise les codes des cadeaux de Noël en assumant un côté égoïste, mais avec beaucoup de légèreté. C’est de l’humour british, intelligent et totalement assumé.
Ce que j’adore, c’est que cette campagne ne se limite pas à un simple film. Ils ont poussé le concept encore plus loin en commercialisant des produits dérivés, comme des cartes cadeaux ‘Sorry, I Spent It On Myself’. C’est juste parfait. Ça transforme la pub en véritable expérience et en vraie campagne de marque. Elle ne reste pas dans l’écran, elle s’immisce directement dans l’expérience consommateur.
Quelle est ta définition de la publicité en 2025 ?
Je pense que la publicité de 2025 doit avoir un véritable point de vue, quelque chose à raconter. Que ce soit avec de l’humour ou un engagement sociétal, il est essentiel d’avoir un message à transmettre. Les marques doivent incarner des valeurs, sans forcément tomber dans le sérieux, mais en étant un véritable vecteur de sens. Et bien sûr, tout en restant authentiques. La publicité de 2025 ne doit pas sous-estimer son public, car les Millénials et la Gen Z lisent entre les lignes, et il est important d’être transparent.
2. Adelin Pyfferoën
Head of Brand chez Generali France
Quelle est la publicité qui t’a le plus marqué (toutes décennies / supports confondus) ? Que ce soit en termes de performance, de créativité, d’audace ou autre.
La campagne Ikea “mon fils” datant de 2016, réalisée par l’agence Buzzman.
Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
Cette campagne mêle émotion et humour avec justesse. Elle raconte une histoire touchante sur le passage à l’âge adulte, avec un twist final drôle et inattendu. Elle est mémorable parce qu’elle parle à tout le monde et reflète parfaitement l’esprit d’IKEA : simple, humain et intelligent.
Quelle est ta définition de la publicité en 2025 ?
En 2025, la publicité ne se contente plus de vendre un produit, elle crée du lien, du sens et de l’émotion. Elle doit être utile, authentique et personnalisée, tout en respectant l’attention et les valeurs du public. C’est un équilibre entre créativité, data et responsabilité.
3. Nicolas Gadesaude
Executive Creative Director chez The Good Company
Quelle est la publicité qui t’a le plus marqué (toutes décennies / supports confondus) ? Que ce soit en termes de performance, de créativité, d’audace ou autre.
La pub Chrysler avec Eminem “Imported from Detroit”.
Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
Pour moi cette pub coche absolument toutes les cases. C’est un chef d’oeuvre. Elle intervient après la crise qui a frappé en 2009, et qui n’a pas épargné le secteur automobile là-bas. Ce spot est un appel de la marque à se relever en capitalisant fièrement sur ses origines, sur Detroit, elle prend aux tripes. La voix-off est sublime, puissante, chaque phrase est parfaitement écrite, l’image est forte aussi, elle rend belle une ville dévastée. Avoir choisi Eminem qui vient de là-bas, qui apparaît de façon progressive dans le spot, sa musique qui rythme le tout, avec l’ajout de la chorale, les détails de chaque plan, en lien avec le texte, on a même le temps de voir la voiture bien mise en valeur. Jusqu’à la ligne à la fin “Imported from Detroit”… Bref, c’est beau, émouvant, galvanisant, pour moi c’est parfait.
Quelle est ta définition de la publicité en 2025 ?
La publicité en 2025 pour moi, c’est comme avant.
Une course créative effrénée au service des marques et des consommateurs dans laquelle on ne doit jamais cesser d’essayer, de s’adapter. Jamais cesser de se remettre en question sur ce qu’on dit en se demandant pourquoi on le dit, sur ce qu’on fait en se demandant pourquoi on le fait. Tout ça en se servant de ce qui nous entoure, de ce qui flotte dans l’air du temps, comme courant, comme technique, comme technologie.
Mais la finalité ne change pas: trouver un terrain de rencontre entre les marques et les consommateurs où ils se comprennent.
4. Francisco Igrejas
Directeur Conseil & Responsable du planning stratégique chez evelyne
Quelle est la publicité qui t’a le plus marqué (toutes décennies / supports confondus) ? Que ce soit en termes de performance, de créativité, d’audace ou autre.
Sans aucune hésitation : Volvo Trucks – The Epic Split feat. Van Damme
Tout est absolument mythique : Jean-Claude bien sûr, la musique, le soleil espagnol, et les camions Volvo dorés !
Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
Je dis souvent à mes équipes : « Il n’existe pas de sujet trop technique, trop fade, trop pointu ou trop ennuyeux qui ne puisse être transcendé par une grande idée publicitaire. »
La preuve ultime ? Cette publicité.
Qui se souvient qu’elle vante la stabilité du Volvo Dynamic Steering ? Peu importe. Ce que l’on garde en mémoire, c’est ce plan-séquence vertigineux, authentique, dans lequel tout est vrai. Et c’est justement cette vérité qui rend la démonstration du système si puissante.
Le résultat est beau, émouvant, presque philosophique.
À l’image de Jean-Claude Van Damme, suspendu entre deux camions… et entre maîtrise technique et poésie brute.
Quelle est ta définition de la publicité en 2025 ?
En 2025, la publicité doit avant tout être utile. Elle doit rendre désirables les modes de vie qui feront de nous de meilleurs êtres humains.
Mais elle ne doit pas pour autant renoncer à sa part de rêve : elle doit être belle, nous inspirer, nous donner envie, et surtout, nous faire réfléchir.
5. Sybille de Saint Louvent
Creative Director Freelance
Quelle est la publicité qui t’a le plus marqué (toutes décennies / supports confondus) ? Que ce soit en termes de performance, de créativité, d’audace ou autre.
Impossible de n’en choisir qu’une…
J’en ai quelques unes en tête qui restent en mémoire :
– The chase : Coca-Cola
– Get a Mac : Apple
– Open spaces : Burberry
Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
Pour la première (The Chase) ce que je trouve fascinant, c’est sa capacité à faire cohabiter des univers visuels qui, a priori, n’ont rien à voir ensemble : l’humour presque burlesque, des codes empruntés à la mode, et une forme d’onirisme pop. Pas de voix off, juste un décor et une musique pour accompagner le tout.
Pour la deuxième (Apple) tout est calibré pour servir le message, avec une élégance discrète et une précision millimétrée. Une tacle gentillet à la concurrence pour servir son message 🙂 L’idée de ne pas en faire trop mais d’être focus sur le message.
Pour la troisième (Burberry), c’est probablement la plus spectaculaire. J’admets apprécier particulièrement quand les codes du cinéma viennent se mélanger à celui de la mode.
Je trouve beaucoup de poésie dans cette séquence, qui sort un peu de nulle part, mais qui donne un peu de magie à la marque. La bande son est magnifique aussi.
Quelle est ta définition de la publicité en 2025 ?
En 2025, j’ai l’impression que la publicité a un peu oublié ce qui la rendait singulière : sa capacité à créer du lien à travers une idée forte, à faire passer un message sans forcément passer par la démonstration produit, sa prise de température sociale. Elle s’est recentrée sur la démonstration produit, sur la performance technique, au détriment de la narration, de l’imaginaire, de l’audace. On confond de plus en plus publicité et catalogue, alors que, la publicité commence là où le produit s’efface un instant pour laisser place à une idée, une émotion. Les plus belles campagnes (celles qui restent) ne mettaient pas le produit au premier plan. Il apparaissait presque comme un sous-texte, une révélation finale, un écho subtil au récit. Aujourd’hui, il me semble que ce récit est souvent écrasé.
6. Rémi Billot
Assistant Concepteur-Rédacteur chez Betclic
Quelle est la publicité qui t’a le plus marqué (toutes décennies / supports confondus) ? Que ce soit en termes de performance, de créativité, d’audace ou autre.
Orange X Les Bleues – 2023.
Réalisée par l’agence Marcel.
Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
Ce qui m’a vraiment marqué dans cette réalisation, c’est que je n’ai pas vu la chute arriver.
D’habitude, lorsque je tombe sur une pub, j’essaie toujours de deviner la fin. Mais là, rien, je me suis fait avoir !
Et c’est précisément ce qui la rend brillante, à mon sens.
Le montage est tellement fluide, le piège tellement bien construit, que tu plonges dedans sans rien soupçonner. Et au moment où tu réalises, c’est déjà trop tard, on t’a démontré par A + B que, non seulement le problème existe, mais que tu en fais partie.
Ce n’est pas une pub qui explique, c’est une pub qui prouve.
Allez les bleus, et allez les bleues !
Quelle est ta définition de la publicité en 2025 ?
Plus que jamais, en 2025, la publicité se doit de parler directement aux neurones du consommateur. Dans une société où tout va de plus en plus vite, où le consommateur accorde de moins en moins son attention, la publicité doit marquer les esprits en un temps record.
Elle doit surprendre, faire sourire, déranger parfois, mais surtout, elle doit faire ressentir.
7. François Lesage
Creative Director & fondateur de l’agence Plein coeur : https://www.pleincoeur.agency/
Quelle est la publicité qui t’a le plus marqué (toutes décennies / supports confondus) ? Que ce soit en termes de performance, de créativité, d’audace ou autre.
Burger King – Home of Sullyvan K. de 2017.
Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
On est loin de “La surprise du chef”, publicité du slip français, ou de la petite pub intimiste.
Home of Sullyvan, c’est un banguer, un classique incontournable de l’activation Phygital. Déjanté, touchant et inattendu ! Cette activation coche toutes les cases du succès viral organique. Elle s’impose comme l’un des cases social les plus emblématiques de la décennie.
Quelle est ta définition de la publicité en 2025 ?
C’est une invitation ! À la réflexion, à l’émerveillement, à s’engager, à passer un bon moment, à se remettre en question ou simplement à rejoindre une communauté. Chez PLEIN CŒUR, on s’assure que cette invitation ait du sens et qu’elle touche les cœurs. On s’assure qu’elle contienne de l’émotion mais surtout une étincelle créative, ce quelque chose qui la rendra inoubliable.
8. Yoan Manesse
Co-Fondateur YMCM & ESED
Quelle est la publicité qui t’a le plus marqué (toutes décennies / supports confondus) ? Que ce soit en termes de performance, de créativité, d’audace ou autre.
Pour moi la publicité ultime est le film “1984” de Riddley Scott pour le lancement du 128K le premier Mac d’Apple !
Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
Une réalisation extraordinaire, un clin d’œil à la célèbre dystopie d’Orwell. Une allégorie sans phare des limites du travaillisme, ce film n’est pas une publicité, c’est un manifeste qui aujourd’hui encore retentit sur les valeurs de la marque.
Enfin même la stratégie média fut extraordinaire, avec une première diffusion lors du Superbowl 84, créant ainsi un précédent qui influence encore le monde de la publicité.
Quelle est ta définition de la publicité en 2025 ?
La publicité est morte. Vive la publicité.
Pas celle qui interrompt. Pas celle qui impose ou qui ennuie.
Mais celle qui pulse, qui inspire, qui secoue.
La pub, ce n’est plus un spot entre deux programmes, c’est un cri de ralliement, un feu de camp, une déclaration d’amour entre une marque et son public.
Une alchimie où les idées prennent feu, où les valeurs deviennent virales,
et où les émotions se partagent plus vite qu’un post.
Assez de vendre des produits.
Vendons des idées. Des visions. Des frissons.
Transformons nos storytelling en storyliving.
Transformons nos budgets pub en levier d’impact.
Faisons des marques des légendes urbaines.
Faisons des campagnes des moments de culture.
Faisons de chaque prise de parole une claque.
Osons la data pour une publicité plus Roiste,
Mais reprenons avec courage le flambeau de nos ainés.
Le P’tit mot de la fin
Une chose est sûre : la publicité va bien au-delà de simples annonces et slogans.
Elle façonne le monde et la perception que nous en avons. Mais surtout, elle nous rappelle que la créativité peut transcender les simples messages pour créer des expériences mémorables.
Encore merci aux 8 participants de cette 4ème édition pour le temps qu’ils m’ont consacré et la qualité de leurs réponses.
Et vous, quelle pub vous a marqué ?
—
Vous bossez dans la pub et souhaitez participer à la prochaine édition ? Contactez-moi en DM sur Linkedin, Insta ou directement par mail !
✉️ lucasricardmarketing@gmail.com ✉️